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À partir du 5 déc. 2026, et pendant tout l’hiver le MO.CO. Montpellier Contemporain présentera deux expositions consacrées à l'art brut
Au MO.CO., l'exposition collective « Je suis le fantôme de mon propre opéra » réunit plus d’une trentaine d'artistes autodidactes, modernes et contemporains autour des notions d'obsession, de mémoire et de disparition. Au MO.CO. Panacée, l’artiste espagnole June Crespo présente « Danzante », une exposition de sculptures où corps, matière et industrie se répondent dans une tension entre fragilité et puissance
La question du récit de soi, au cœur de cette exposition, met en lumière la paradoxe d’une identité difficile à décrire, à cerner de façon objective, tant l’intimité de soi est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à formuler. La notion de mise en récit semble nécessaire, et montre que l’identité se construit, s’accumule et évolue au gré d’éléments extérieurs qui créent des liens, des relations et des histoires. Le titre est celui d’une chanson de Daniel Johnston (1961-2019) de 1983. Cet artiste inclassable, dont l’œuvre musicale prolifique qualifiée de lo-fi a marqué nombre de groupes des années 1990-2000, exprime cette ambiguïté d’être à la fois l’acteur, le spectateur et le bâtisseur de sa vie. Être le fantôme de son propre opéra, c’est hanter un récit de soi fabriqué : un théâtre intérieur où identité, mémoire, désir et disparition coexistent sans jamais se résoudre.
Les œuvres réunies dans ce parcours ne sont pas des fragments d’autobiographies au sens classique, mais des cartographies psychiques, des instantanés de systèmes obsessionnels, d’écritures répétitives, de visions hallucinées, des dispositifs situant une présence souvent en décalage avec le monde. Le récit de soi apparaît ainsi comme une pratique paradoxale : à la fois affirmation et dissolution, construction et débordement.
Aux lisières brutes de l’art situe l’exposition dans une zone de frottement et d’indétermination : un espace où les frontières entre art brut, modernité expressive et création contemporaine deviennent poreuses. Cette indétermination permet d’explorer sans hiérarchisation ni étiquette la création là où elle surgit sans compromis, dans des territoires intimes, précaires et souvent peu spectaculaires. Les artistes réunis ici — qu’ils soient associés à l’art brut, autodidactes, modernes ou contemporains — partagent une même nécessité : produire des formes capables à même d’exprimer une expérience intérieure irréductible.
La notion d’art brut telle qu’elle avait été définie dans les années 1950 par Jean Dubuffet ne peut s’appliquer de la même façon aux créateurs d’aujourd’hui. Les institutions psychiatriques ont évolué, la diffusion des images atteint tous les recoins de notre monde. Michel Thévoz lui-même questionne la pertinence de cette catégorie dans son ouvrage récent sur l’art brut ressourcé, insistant également sur la notion de collectifs, porteurs d’un renouvellement de la pratique artistique en milieu d’enfermement. Il s’agit moins aujourd’hui de pointer une marginalité sociale mais d’affirmer l’instabilité intrinsèque au geste artistique qui peut difficilement s’inscrire dans une société favorisant les systèmes clos et hiérarchisés.
L’exposition propose ainsi au spectateur non pas une lecture psychologique du sujet, mais une traversée de ses formes multiples, où témoignages, fictions, failles, et métamorphoses coexistent.






