Commissaire de l’exposition « Évolution » et Fondateur de Jericho Fine Art
« David Manzur : un géant à faire découvrir. »
© DR
Commissaire de l’exposition « Évolution » et Fondateur de Jericho Fine Art
« David Manzur : un géant à faire découvrir. »
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Comment faire accéder un artiste majeur à la reconnaissance internationale qu’il mérite ? C’est le défi que s’est lancé Stanislas Couzi-Betancourt, fondateur de Jericho Fine Art et représentant du peintre colombien David Manzur en Europe et en Asie.
En octobre 2026, il a pris le pari d’organiser à Paris, en pleine semaine d’Art Basel, la première exposition personnelle française de cet artiste de 96 ans, dont l’œuvre traverse plus de soixante-dix ans de création. Neuf jours pour convaincre collectionneurs, institutions et médias de porter un nouveau regard sur l’une des grandes figures de l’art latino-américain.
Pour ART360, Stanislas Couzi-Betancourt revient sur les ambitions, les obstacles, les résultats et les prochaines étapes de cette aventure artistique et entrepreneuriale.
François Blanc : Stanislas Couzi-Betancourt, vous représentez David Manzur en Europe et en Asie et avez pris l’initiative de sa première exposition personnelle en France, à 96 ans. Qu’est-ce qui vous a personnellement convaincu de vous engager pour sa reconnaissance internationale ?
Stanislas Couzi-Betancourt : En tant que Franco-Colombien, j’ai toujours été conscient de la place exceptionnelle qu’occupe David Manzur dans l’histoire de l’art colombien et latino-américain. Mais je suis surtout convaincu que sa grandeur dépasse largement les frontières de son pays et de son continent.
Son œuvre possède une puissance créatrice, une profondeur spirituelle et une beauté mystérieuse qui touchent aux grandes interrogations humaines : la vie, la mort, le sacré, l’invisible. Cette dimension universelle mérite d’être reconnue bien au-delà des Amériques, notamment en Europe. C’est cette conviction qui fonde mon engagement.
F.B. : Faire découvrir un artiste aussi important, mais encore insuffisamment reconnu en Europe, représente un véritable défi. Comment êtes-vous passé de cette conviction à la réalisation de l’exposition « Évolution » ?
S.C.B. : Je n’ai jamais douté de la capacité de son œuvre à toucher des sensibilités très différentes. C’est cette conviction qui m’a conduit à prendre l’initiative de cette première exposition française.
Les réactions des visiteurs internationaux, pendant la semaine de l’art à Paris, l’ont pleinement confirmée. Certains restaient longuement absorbés devant les peintures, évoquant une expérience presque hypnotique ou spirituelle. Ces rencontres ont renforcé ma certitude que la reconnaissance internationale de Manzur est non seulement légitime, mais véritablement à notre portée.
F.B. : Quels partenaires avez-vous réussi à mobiliser, quels obstacles avez-vous rencontrés et quelles décisions ont été déterminantes pour rendre ce projet possible ?
S.C.B. : Le premier défi était d’organiser une exposition à la hauteur de l’importance artistique de David Manzur, dans un lieu prestigieux, au moment où Paris concentrait les plus grands événements du marché de l’art. Obtenir le Salon Chaptal de l’Hôtel de l’Industrie, place Saint-Germain-des-Prés, pendant une semaine aussi sollicitée, constituait déjà une étape décisive.
La confiance de David Manzur et de son bras droit, Felipe Achury, a été essentielle. Ils m’ont confié la responsabilité de l’organisation et de la scénographie de l’exposition. Nous avons également pu présenter des extraits du documentaire consacré à l’artiste par Samson-Raphaël Bensaid, tourné en novembre 2025.
J’ai aussi souhaité que cette exposition laisse une trace durable. J’ai donc personnellement assuré l’édition d’un catalogue réunissant les regards d’Edwart Vignot, historien de l’art et co-commissaire de l’exposition, d’Eugenio Viola, directeur du Museo Madre de Naples et commissaire du Pavillon italien à la 59e Biennale de Venise, ainsi que le mien. Sa conception graphique a été confiée au studio Prototype.
Enfin, le professionnalisme de Handler Atelier et des équipes de l’Hôtel de l’Industrie a été déterminant. La réussite d’un tel projet repose autant sur une ambition artistique claire que sur la qualité des personnes réunies pour la concrétiser.
F.B. : Vous avez choisi de présenter cette première exposition française pendant neuf jours seulement, du 20 au 28 octobre 2026, à l’Hôtel de l’Industrie, en pleine semaine parisienne de l’art. Pourquoi ce choix et comment avez-vous transformé les contraintes de ce calendrier en opportunité ?
S.C.B. : La disponibilité de l’Hôtel de l’Industrie était limitée à cette période. Nous aurions naturellement souhaité prolonger l’exposition, mais il fallait saisir l’occasion de présenter David Manzur dans un lieu aussi prestigieux, au cœur de Saint-Germain-des-Prés.
Faire coïncider cette première exposition française avec Art Basel Paris et les grands événements de la semaine de l’art représentait certes un défi, mais surtout une occasion exceptionnelle de toucher un public international.
Notre emplacement stratégique et l’affiche monumentale reproduisant une œuvre de Manzur sur la façade de l’Hôtel de l’Industrie ont joué un rôle déterminant. Ils ont attiré l’attention de nombreux visiteurs, parfois venus par simple curiosité, qui ont ainsi découvert son œuvre.
Cette visibilité, associée à nos actions de promotion, nous a permis de transformer la brièveté de l’exposition et la concurrence des grands événements en véritables atouts pour faire connaître Manzur à un public international. Après Paris, l’Europe et l’Asie
F.B. : Vous avez fait de cette exposition bien davantage qu’une présentation d’œuvres : un événement destiné à modifier le regard porté sur David Manzur. Comment avez-vous construit cette démarche, depuis le choix des œuvres et du lieu jusqu’au catalogue ?
S.C.B. : Mon intention était moins de modifier le regard porté sur Manzur que d’en élargir la portée et de révéler toute la vitalité de sa création actuelle. Plutôt qu’une rétrospective, nous avons choisi de présenter ses œuvres les plus récentes. À 96 ans, Manzur continue inlassablement de créer, de se renouveler et d’explorer ce qu’il appelle lui-même les possibilités infinies de la peinture figurative.
C’est cette créativité toujours en mouvement que nous avons voulu mettre en lumière, aussi bien dans l’exposition que dans le catalogue qui l’accompagne. Il était essentiel de montrer un artiste pleinement engagé dans la création contemporaine, et non simplement de célébrer une carrière exceptionnelle.
F.B. : Au-delà de la satisfaction d’avoir réalisé cette première exposition, quel bilan concret en tirez-vous ? Les résultats sont-ils à la hauteur de vos ambitions initiales ?
S.C.B. : Le bilan est extrêmement positif, tant par l’enthousiasme du public parisien que par le retentissement de l’exposition en Amérique latine. Voir David Manzur exposé pour la première fois au cœur de Paris, dans un lieu aussi emblématique que l’Hôtel de l’Industrie, a suscité un véritable engouement en Colombie.
L’exposition a notamment fait la une de deux des plus importants quotidiens colombiens, El Espectador et El Colombiano, et bénéficié d’une couverture télévisée nationale sur Caracol et RCN. Cette reconnaissance médiatique a donné une portée considérable à l’événement.
En France, les réactions ont également été très encourageantes. La vidéo consacrée à Manzur par Cur8 a figuré parmi les plus regardées de leurs publications pendant Art Basel Paris. Les commentaires révélaient un véritable intérêt pour une peinture figurative forte et exigeante.
Une rencontre m’a particulièrement marqué : celle des représentants d’Artleove, un compte Instagram suivi par une importante communauté internationale. Passant par hasard devant l’Hôtel de l’Industrie, ils ont découvert l’affiche monumentale et décidé d’entrer. Ils nous ont ensuite confié que l’œuvre de Manzur constituait l’une des découvertes les plus marquantes de leur semaine parisienne, avant de lui consacrer une vidéo.
Au-delà de ces résultats, ma plus grande satisfaction est d’avoir démontré que l’œuvre de Manzur pouvait toucher des publics très différents, au-delà des frontières et des générations. Elle répond manifestement à une attente : celle d’un art qui associe la maîtrise des grandes traditions picturales à une créativité profondément contemporaine.
F.B. : Cette première exposition parisienne devait constituer un point de départ, non un aboutissement. Quels projets envisagez-vous désormais avec les musées, les fondations, les galeries et les collectionneurs internationaux ?
S.C.B. : Cette première exposition parisienne marque le début d’une ambition beaucoup plus large. Notre objectif est désormais de poursuivre la reconnaissance internationale de David Manzur en développant de nouveaux projets en Europe, mais également en Asie.
Nous venons tout juste de clôturer cette exposition et allons engager une réflexion sur les prochaines étapes, en identifiant les musées, fondations et autres institutions susceptibles d’accueillir son œuvre. Il ne s’agit pas simplement de multiplier les expositions, mais d’inscrire durablement Manzur dans le paysage artistique international et de faire connaître toute la richesse de son univers.
Un projet me tient particulièrement à cœur : trouver une institution muséale européenne qui accepterait d’accueillir dans sa collection permanente Bojayá, un polyptyque monumental de cinq panneaux, mesurant 9,30 mètres de long sur 2,50 mètres de haut.
Cette œuvre majeure a été réalisée en hommage aux victimes du massacre de Bojayá, l’un des épisodes les plus tragiques du conflit armé colombien. Notre souhait serait d’en faire don à une institution afin qu’elle devienne un lieu de mémoire et de transmission, accessible aux générations futures.
Au-delà de sa puissance picturale, Bojayá témoigne de la capacité exceptionnelle de Manzur à transcender la tragédie par l’art et à donner à la mémoire des victimes une dimension universelle. Faire entrer cette œuvre dans un musée européen constituerait une étape particulièrement significative dans la reconnaissance internationale de l’artiste, tout en affirmant la portée humaniste de son travail.
F.B. : Et, plus personnellement, jusqu’où souhaitez-vous conduire cet engagement pour que David Manzur occupe enfin la place que vous estimez être la sienne dans l’histoire de l’art ?
S.C.B. : Après plus de 70 ans de carrière, David Manzur appartient déjà au patrimoine culturel colombien et occupe une place majeure dans l’histoire de l’art latino-américain. Mon ambition est de faire reconnaître la portée universelle de son œuvre.
Ma vision de l’art est profondément influencée par Carl Gustav Jung, pour qui l’artiste possède la capacité de faire surgir les images et les symboles dont son époque a besoin. Manzur incarne, à mes yeux, cette fonction essentielle.
À travers sa peinture figurative et la force de ses images, il nous reconnecte au sacré, au mystère et aux grandes interrogations de l’existence. Dans une société qui, comme le soulignait Joseph Campbell, a perdu une partie de ses mythes fondateurs, son œuvre constitue une forme d’antidote culturel.
C’est cette dimension spirituelle et universelle, au-delà de la seule beauté esthétique, que je souhaite contribuer à faire connaître et transmettre, aussi loin que possible.
Fondateur de Communic'Art
"Il faudrait batailler pour que la révolution numérique permette une révolution de l'accès aux arts."
Comment jugez-vous la communication globale du gouvernement actuel dans le domaine culturel ?
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Il a manqué, en amont, d’une pensée forte et soutenue sur la démocratisation indispensable de l’accès aux lieux de culture, musées, bibliothèques, ou en faveur d’une mobilisation de l’Éducation nationale…
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