Artiste designer
"Je sculpte la fonction pour ouvrir un monde imaginaire"
© Studio Vanssay
Artiste designer
"Je sculpte la fonction pour ouvrir un monde imaginaire"
© Studio Vanssay
À l’occasion de son exposition Arbres de la forêt, vous connaissez notre âme, présentée par Cuturi Gallery au Palais-Royal puis prolongée à la Villa Noël, à Noves, Hubert Le Gall réunit mobilier, sculpture et art décoratif dans un univers inspiré par Victor Hugo.
Accompagnée par Kevin Cuturi et confiée au commissariat de Bruno Gaudichon, l’exposition révèle la richesse d’une œuvre où la fonction devient poétique, où l’humour dialogue avec la matière, et où chaque pièce témoigne d’une attention extrême portée au savoir-faire.
François Blanc : Comment définissez-vous aujourd’hui votre territoire de création, entre art, design et sculpture ?
Hubert Le Gall : Je n’ai jamais vraiment cherché à choisir entre ces mots. Ce qui m’intéresse, c’est l’objet lorsqu’il devient plus qu’un objet : lorsqu’il garde une fonction, mais qu’il ouvre aussi une porte vers l’imaginaire.
Kevin Cuturi a toujours regardé mon travail de cette manière, au-delà des catégories trop étroites. Avec cette exposition, et le regard de Bruno Gaudichon, il s’agit précisément de montrer cette liberté : un territoire où le mobilier peut devenir sculpture, où la sculpture peut rester habitée par l’usage.
FB : Que signifie pour vous le titre « Arbres de la forêt, vous connaissez notre âme » ?
Hubert Le Gall : Cette phrase de Victor Hugo me touche parce qu’elle donne une âme au paysage. Elle suggère une nature bienveillante qui nous parle et à travers elle les animaux qui l’habitent.
Pour cette exposition, j’avais envie de créer un monde sensible, presque pastoral, dans lequel les œuvres apparaissent comme des présences. Ce titre donne une clé poétique à l’ensemble, sans enfermer le visiteur dans une seule lecture.
FB : Pourquoi Victor Hugo s’est-il imposé comme point de départ de cette exposition ?
Hubert Le Gall : Victor Hugo a cette capacité de faire dialoguer le réel et le fantastique, la nature et l’âme humaine, le visible et l’invisible. Cette phrase correspond bien à ce que je cherche dans mes pièces : des formes lisibles, parfois familières, mais qui déplacent le regard. Bruno Gaudichon a aussi su accompagner cette dimension littéraire et sensible, en donnant à l’exposition une cohérence de récit, sans en faire une démonstration.
FB : Quelle atmosphère souhaitez-vous créer à la galerie Cuturi, au Palais-Royal ?
Hubert Le Gall : Je voudrais créer une exposition très personnelle avec des œuvres très narratives. La galerie Cuturi, au Palais-Royal, est un espace intime, presque une capsule. Cela m’intéresse beaucoup : peu de pièces, mais très présentes, qui dialoguent entre elles. Kevin Cuturi défend cette idée d’un lieu resserré, exigeant, où chaque œuvre compte. L’exposition doit donner le sentiment d’entrer dans un monde, mon monde intérieur, à la fois tendre et puissant, davantage que dans une simple présentation de mobilier ou de sculpture.
FB : Comment la forêt nourrit-elle votre imaginaire dans cette exposition ?
Hubert Le Gall : La forêt est un lieu de formes, de mystère, de souvenirs. Elle est à la fois concrète et mentale. On y trouve des branches, des ombres, des animaux, des clairières, mais aussi des peurs, des rêves, des histoires. Certaines pièces, comme mon banc Branche-neige, trouvent naturellement leur place dans cet imaginaire. La nature n’est jamais copiée : elle est appropriée, transformée, réinventée, presque théâtralisée.
FB : Quelle place occupe encore la fonction dans vos pièces les plus sculpturales ?
Hubert Le Gall : La fonction reste essentielle, elle me rassure. Une lampe doit éclairer, une assise doit accueillir, une table doit pouvoir être utilisée. Mais cette fonction ne doit pas limiter l’imaginaire. Au contraire, elle lui donne un ancrage. Une pièce comme Sunset, par exemple, est une bibliothèque, mais elle est aussi une image, un paysage, une sculpture. J’aime cette idée de « sculpter la fonction ».
FB : Comment choisissez-vous les matériaux qui donnent naissance à vos œuvres ?
Hubert Le Gall : Le matériau arrive parfois après le dessin, parfois avant. Il faut que la rencontre soit juste. Certaines pièces attendent longtemps avant de trouver leur matière. Le bronze, le bois, le verre, la céramique ou la broderie ne racontent pas la même chose. Dans Offrandes célestes, par exemple, la relation entre la forme, la matière et le récit est essentielle : le cheval, les vases, l’ensemble de la composition créent une présence surréaliste.
FB : Quel rôle jouent les artisans et les savoir-faire dans votre processus de création ?
Hubert Le Gall : Ils jouent un rôle fondamental. Une idée n’existe vraiment que lorsqu’elle trouve sa forme juste. Les artisans apportent une précision, une intelligence de la matière, parfois même des solutions auxquelles je n’aurais pas pensé seul. Leur savoir-faire ne vient pas simplement exécuter un dessin : il l’enrichit. C’est vrai pour le bronze, le verre, le bois, la céramique, mais aussi pour des pièces plus complexes comme Calendrier de verre ou certaines œuvres brodées.
FB : Comment l’humour entre-t-il dans vos formes, vos objets et vos récits ?
Hubert Le Gall : L’humour est une manière de créer une complicité. Il ne s’agit pas de faire rire, mais de susciter une émotion, en d’introduisant un léger décalage, une surprise, une liberté. Lapin-Calin en est un bon exemple : l’œuvre peut sembler tendre, presque familière, mais elle déplace immédiatement notre rapport à l’assise et à l’objet. Cet humour évite la solennité. Il rend les œuvres plus vivantes.
FB : Que changera la présentation à la Villa Noël, à Noves, dans la perception de vos œuvres ?
Hubert Le Gall : La Villa Noël offrira un tout autre rapport aux pièces, offrant un cadre nouveau à mes œuvres. Au Palais-Royal, l’exposition sera concentrée. À Noves, les œuvres entreront en dialogue avec l’architecture. C’est un lieu très personnel, de travail, d’imagination, de création et de confrontation. Dans cette architecture d’Armand Pellier, les sculptures pourront respirer autrement. Le prolongement de l’exposition permettra de passer d’une forêt mentale à une expérience plus physique de l’espace et du paysage.
CÉCILE FAKHOURY, GALERISTE
"Dans ces périodes de questionnement, il est toujours intéressant de regarder du côté des artistes."
AU TEMPS DU CORONAVIRUS, COMMUNIC'ART DONNE LA PAROLE À SES CLIENTS.
En cette période de confinement, quelles sont les actions que la galerie Cécile Fakhoury mène pour poursuivre ses activités ?
Cécile Fakhoury : Nous avons l’habitude de travailler à distance avec l’équipe de la galerie, entre les espaces d’Abidjan, de Dakar et de Paris. La communication est fluide. Malgré ce contexte qui décale l’ensemble de notre programmation et des événements, nous continuons de travailler sur les dossiers à venir. Nous travaillons également sur des sujets de fond comme la mise à jour de notre plateforme de gestion de galerie. Nous continuons le travail d’édition entamé il y a deux ans et nous accompagnons les artistes dans leur réflexion de projets futurs. Il y a donc finalement beaucoup de choses que nous continuons à ...
Lire la suite >>>DOMINIQUE ROLAND, DIRECTEUR DU CENTRE DES ARTS D’ENGHIEN
"La culture représente un des enjeux sociétaux majeurs en cette période."
AU TEMPS DU CORONAVIRUS, COMMUNIC'ART DONNE LA PAROLE À SES CLIENTS.
En cette période de confinement, quelles sont les actions du Centre des arts d’Enghien menées par vous et votre équipe pour poursuivre vos activités ?
Dominique Roland : Conscients du temps inédit que nous sommes amenés à vivre et qui influera inéluctablement sur “l’après”, nous nous devons de réinterroger ce qui composait nos fondamentaux.
Dès le premier jour, nous nous sommes organisés. Le télétravail a naturellement donné lieu à un nouvel environnement professionnel permettant de maintenir coopération et concertation. Il s’agit de travailler à une nouvelle manière de penser et d’agir ensemble. À ce titre, nous avons estimé qu’il était nécessaire d’opérer une nouvelle étude des publics.
Le numérique, au cœur ...
Lire la suite >>>PIERRE LEMARQUIS, NEUROLOGUE
"Le cerveau réclame d’être caressé, c’est la fonction de la musique et de l’art"
L’empathie esthétique, autrement dit l’amour de l’art, répond à des mécanismes neurologiques. En cette période de confinement, malgré les mesures qui font barrière à l’expérience de l’œuvre, Pierre Lemarquis explique pourquoi et comment le cerveau doit continuer à recevoir son content de musique et d’œuvres.
En tant que neurologue, particulièrement intéressé par le lien entre le cerveau et la musique, quelle ordonnance artistique prescrivez-vous dans une période de confinement qui exige de revoir ses habitudes et qui peut menacer notre équilibre ?
Pierre Lemarquis : « Don’t stop me now », du groupe Queen, présenterait les caractéristiques idéales, d’un point de vue scientifique : tempo rapide, à 150, et paroles lénifiantes, en majeur. Mais on peut, avec le même bénéfice neurologique, choisir d’écouter les ...
Lire la suite >>>Comment la Galerie Templon s’est-elle adaptée à cette période de confinement ?
Daniel Templon : Nous avons dû fermer nos espaces au public mais notre équipe est toujours mobilisée et l’activité de la galerie se maintient, essentiellement grâce au télétravail, à la fois à Paris et à Bruxelles. Pour contrer la fermeture précoce de nos expositions, nous avons lancé un site de visite virtuelle sur internet. Le public peut ainsi découvrir nos expositions de Norbert Bisky, Billie Zangewa et Jim Dine dans des conditions radicalement différentes, presque immersives, avec des images de très bonnes qualité, des vues de l’espace et des vidéos. Il suffit d’un clic pour découvrir tous les détails d’un tableau.
Quelle a été la réaction des collectionneurs et des amis de la Galerie Templon ?
Lire la suite >>>
Restitution des œuvres d’art : « Il est urgent de réinventer une nouvelle forme de gouvernance culturelle »
Par FRANÇOIS BLANC
Toutes ses contributions >>>
"Bien communiquer est un art à forte valeur ajoutée"
Par FRANÇOIS BLANC
Toutes ses contributions >>>