ARTISTE PEINTRE, FONDATEUR DE LA SOURCE GAROUSTE
"À La Source, l’art est un levier d’émancipation sociale"
© Jean-François Robert
ARTISTE PEINTRE, FONDATEUR DE LA SOURCE GAROUSTE
"À La Source, l’art est un levier d’émancipation sociale"
© Jean-François Robert
Peintre majeur de la scène française, Gérard Garouste a fondé La Source Garouste pour faire de la création un levier d’émancipation pour les enfants les plus fragilisés
Il agit à travers des ateliers en binôme artistes–travailleurs sociaux dans les territoires éloignés de l’offre culturelle.
Dans cet entretien avec Art360 by Communic’Art, il revient sur la dimension politique de cet engagement.
Il appelle les jeunes professionnels de la médiation et de la culture à devenir de véritables passeurs entre l’art, les institutions et les publics qui en sont privés.
François Blanc : La Source s’adresse à des enfants en difficulté en les faisant créer avec des artistes. Pourquoi cette rencontre entre art et accompagnement social vous semble-t-elle être une forme de médiation culturelle à part, et si efficace ?
Gérard Garouste : A La Source nous sommes convaincus que la création artistique peut venir en soutien de l’action sociale et devenir un véritable outil de lutte contre l’exclusion, sous toutes ses formes. Nos ateliers, qui couvrent tous les champs de la création - y compris l’artisanat d’art - offrent aux enfants et aux jeunes un espace où ils peuvent se construire, expérimenter, développer leur créativité.
Ils apprennent à se responsabiliser, individuellement et collectivement, tout en renforçant leur confiance en eux et leur esprit d’initiative.
La singularité de La Source Garouste tient à ce binôme très particulier : un artiste professionnel d’un côté, un animateur socioculturel ou un éducateur spécialisé de l’autre. L’un garantit l’exigence artistique, l’autre assure l’accompagnement pédagogique et social. C’est ce cadre clair, cette alliance entre création et soutien éducatif, qui fait la force et l’efficacité de notre médiation culturelle.
Votre œuvre, nourrie de mythes et de textes fondateurs, est profondément liée à votre histoire personnelle. En quoi cette quête intime a-t-elle inspiré la philosophie et l’action de La Source ?
La Source est d’abord née d’un engagement citoyen qui, à l’origine, n’avait pas de lien direct avec ma peinture. Enfant, en Bourgogne, j’ai grandi aux côtés de jeunes de l’Assistance publique. J’ai vu leurs difficultés, leur fragilité, et la manière dont ils se heurtaient à l’incompréhension ou à l’indifférence.
Plus tard, installé en Normandie, j’ai constaté que les mêmes problématiques persistaient. Rien n’avait vraiment changé pour ces jeunes en situation de précarité.
La Source est née de cette observation, presque d’une colère, et surtout de la volonté d’agir concrètement. Mon travail de peintre se nourrit de récits fondateurs ; La Source, elle, est un récit collectif qui s’invente avec les enfants, les familles, les artistes et les équipes sociales sur le terrain.
Chaque année, des artistes créent et offrent des œuvres pour les ventes aux enchères qui financent la fondation. Comment parvenez-vous à entretenir, sur la durée, cette formidable chaîne de solidarité artistique ?
La vente caritative de La Source existe depuis près de trente ans. Le principe est simple et très fécond : transformer un objet du quotidien en création unique. L’objet change chaque année, ce qui ouvre un champ infini d’interprétations. Cette année, notre partenaire Vitra, qui nous accompagne dans cette aventure depuis quinze ans, a offert le Tabouret Métallique de Jean Prouvé.
Les artistes et créateurs se saisissent de cet objet avec une ingéniosité et une liberté incroyables. Le résultat, ce sont des œuvres totalement singulières, qui font de cette vente un rendez-vous attendu, identifié et incontournable pour La Source Garouste. Elle est reconnue pour sa qualité, son organisation et le respect porté au travail des artistes.
Les artistes savent que leur engagement a un impact direct sur nos actions de terrain : les fonds recueillis permettent de financer des ateliers tout au long de l’année. Cette transparence et cette efficacité créent un cercle vertueux de confiance. C’est ce lien de confiance, nourri depuis des années, qui explique leur fidélité - et pour laquelle je suis profondément reconnaissant.
Au-delà du soutien apporté aux enfants, pensez-vous que La Source contribue aussi à changer le regard que la société porte sur l’art, en le révélant comme un véritable outil de transformation et de communication ?
La Source Garouste intervient dans les territoires les plus fragiles, là où la pauvreté, la vulnérabilité et l’isolement social et culturel se conjuguent. Nous sommes présents en zone rurale comme dans les quartiers prioritaires des villes ou des périphéries : partout où l’accès à la culture est limité, voire inexistant.
Dans ces contextes, l’art devient un levier très concret d’émancipation sociale. Il permet aux enfants de se découvrir autrement, de prendre la parole, de se sentir légitimes. Notre action s’inscrit dans une mission d’intérêt général : rendre l’art et la culture accessibles à celles et ceux qui en sont le plus éloignés.
Cet engagement porte, de fait, une dimension politique forte : au service de la justice sociale, de l’éducation inclusive, des droits de l’enfant et de la promotion culturelle. En montrant que l’art peut changer des trajectoires de vie, nous contribuons à faire évoluer le regard sur ce que la création peut - et doit - apporter à la société.
Vous êtes un peintre reconnu, mais aussi le fondateur d’une institution. Comment réussissez-vous à concilier la solitude de l’atelier et la responsabilité de passeur auprès de publics fragilisés ?
Pour moi, ce sont deux réalités distinctes, qui ne se mélangent pas. La solitude de l’atelier, le face-à-face avec la toile, obéissent à une temporalité et à une exigence très spécifiques. La Source relève pour moi d’un autre registre : celui du collectif, du partage, de la responsabilité envers des enfants et des familles.
Il m’est arrivé de conduire plusieurs ateliers avec les enfants, et ce fut chaque fois une expérience très forte, très joyeuse. Mais je veille à maintenir une forme de séparation entre ma pratique personnelle et le fonctionnement de La Source. Cela me permet de rester pleinement disponible à chacun de ces deux engagements, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre.
La Source Garouste s’est imposée comme une initiative singulière dans le paysage culturel et social. Quelles pistes de communication et de médiation permettraient, selon vous, de toucher encore plus largement les institutions, les territoires et le grand public ?
Nous travaillons de plus en plus à documenter l’impact de nos actions : mesurer ce que nos ateliers changent concrètement dans la vie des jeunes, rendre ces résultats lisibles et partageables. C’est essentiel pour convaincre.
Le soutien de mécènes publics et privés reste indispensable, tout comme le développement de nouveaux partenariats avec les collectivités, les institutions et les acteurs culturels. L’engagement d’artistes ou de personnalités comme parrains et marraines est aussi précieux : ils portent notre parole, amplifient notre visibilité et contribuent à faire connaître nos actions auprès de publics très variés.
Je crois beaucoup à la force d’un plaidoyer collectif. Un plaidoyer qui associerait d’autres acteurs de l’économie sociale et solidaire œuvrant, comme nous, au service des jeunes. En unissant nos voix, nous pourrions diffuser plus largement l’importance de ces actions et peser davantage dans le débat public.
Si vous aviez un message à adresser aux jeunes médiateurs et responsables culturels qui nous lisent, quelle leçon essentielle, tirée de votre double expérience d’artiste et de fondateur, aimeriez-vous leur transmettre ?
Je leur dirais d’abord que nous avons besoin d’eux. Je les invite à collaborer avec La Source, à imaginer des projets communs, à nous aider à faire connaître notre action le plus largement possible pour renforcer notre capacité de soutien aux enfants.
Nous avons la chance d’être accompagnés généreusement par les agences Dezarts, Zionsay et AustralieGad ou içi le blog de l’agence Communic’Art, que je tiens à remercier. Leur rôle est essentiel : concevoir des outils de communication adaptés, inventer de nouvelles formes de médiation, raconter nos actions avec justesse et sensibilité.
Aux jeunes professionnels de la médiation et de la culture, je dirais : votre métier ne consiste pas seulement à « parler de l’art », mais à créer des ponts entre des œuvres, des artistes, des institutions et des publics qui n’y ont pas accès. C’est là que réside, à mes yeux, la véritable puissance de votre engagement.
Vente aux enchères : La Source Garouste 2025
15 décembre 2025 à 20h,
à l’Hôtel de l’Industrie,
4 place Saint-Germain-des-Prés, Paris.
Et en ligne sur Piasa et Drouot
Renseignements et ordres d’achat
communication@lasourcegarouste.fr
DIRCOM DU FESTIVAL D’AVIGNON
"Nous respectons une même surface de narration et de visibilité pour chaque artiste"
L’ouverture du 73è Festival d’Avignon, le 4 juillet 2019, sera l’aboutissement de douze mois de labeur où tension artistique et communication efficace sont indissociables. La directrice de la communication et des relations avec le public démonte la mécanique d’horlogerie qui accompagne le plus important rendez-vous théâtral au monde.
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Virginie de Crozé : La structure de base, pour la communication du Festival d’Avignon, c’est deux permanents à plein temps, un à mi-temps ! A partir du mois de mars, cependant, la préparation de la conférence de presse justifie le ...
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Alice Audouin
Alice Audouin Consulting s’est construit une réputation en activant des connections entre le monde de l’art et celui du développement durable. Sa fondatrice en fait bénéficier Guerlain, Paris Europlace, Ruinart, la RMN et crée de nombreux événements au croisement de l’art et du développement durable. Pour elle promouvoir un art qui intègre les enjeux du développement durable, c’est promouvoir l’art contemporain.
Quand une idée est à la mode, tout le monde s’en empare, non sans arrière-pensées. Quels sont vos conseils pour se tenir à l’écart de la double gadgétisation de l’art et du développement durable et éviter ainsi d’attirer les critiques croisées des amateurs d’art et des écologistes sincères ?
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"La radicalité de nos choix de collectionneurs fait notre visibilité"
Depuis son ouverture en 2008 la Fondation d’entreprise Francès à Senlis construit une collection sur les excès de l’homme. Conçue par un couple, Estelle et Hervé Francès, la fondation d’entreprise Francès accueille jusqu’à fin décembre 2020 l’artiste français Kader Attia, lauréat du Prix Marcel Duchamp (2016) représenté par la Galleria Continua partenaire de cette exposition, intitulée “Mémoire de l’Oubli”.
Pour Le blog Art 360 by Communic’Art, la cofondatrice revient sur le pari audacieux de cette création, sa communication et son impact local.
Pour émerger parmi les innombrables fondations d’entreprise, avec des moyens relativement modestes, faut-il communiquer plus que les autres, ou radicalement différemment ?
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"La photographie est partout, elle est a tous et faite par tous"
© Sebastien Nobel
Le Musée de l’Elysée de Lausanne doit s’intégrer dans le projet muséal PLATEFORME 10, vaste regroupement architectural culturel et de loisirs dont le musée sera l’un des piliers en 2021, Julie Maillard en décline la communication au présent et au futur, au singulier et au pluriel. Exercice de transition au moment où le Musée se réinvente
Comment avez-vous conçu la communication sur l’évolution des missions du Musée de l’Elysée (collection et expositions… ), mais aussi sur son implantation au sein d’une « Plateforme » culturelle ?
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Restitution des œuvres d’art : « Il est urgent de réinventer une nouvelle forme de gouvernance culturelle »
Par FRANÇOIS BLANC
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"Bien communiquer est un art à forte valeur ajoutée"
Par FRANÇOIS BLANC
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